« Al Daftar Khana », les archives d’Egypte en 900 ans !

Hanaa Khachaba Lundi 10 Décembre 2018-13:51:09 Chronique et Analyse
« Al Daftar Khana », les archives d’Egypte en 900 ans !
« Al Daftar Khana », les archives d’Egypte en 900 ans !

Le système archivistique en Egypte remonte à l’époque de Mohamed Ali Pacha. Ce dernier fonda en 1828 la « Daftar Khana » (la Bibliothèque des Archives, en turc arabisé), mieux connue en français sous le nom des Archives nationales. Elle est considérée comme étant une des plus anciennes Archives à l’échelle planétaire après celles de Paris (1790) et celles de Londres (1798).

 

Est-ce que Ragheb Effendi, premier président de la Daftar Khana (Maison des parchemins et des manuscrits ou les Archives nationales) fondé par Mohamed Ali Pacha afin de conserver les documents officiels à la Citadelle, aurait-il cru  qu’un jour viendrait où les archives d’Egypte se multiplieraient de cette façon incroyable  pour atteindre plus de 110 millions textes, entassés dans un seul endroit !?

Cette richesse de manuscrits, de parchemins et de documents officiels remplissait un ancien bâtiment sur la corniche du Nil, jusqu’à la visite du gouverneur de Charjah, alors Sultan Al Qassemi qui recommanda sur une initiative de l’ancien ministre de la Culture Saber Arab, de construire un édifice digne de conserver ce patrimoine humain inestimable d’une des plus anciennes Maison d’Archives au monde. Les nouvelles Archives se dressent  au cœur du Caire historique, dans le quartier de Fostat, à proximité du musée des civilisations. Son authenticité n’est pas contestable.

En 1933, l’UNESCO a financé une mission en Egypte au titre du Programme ordinaire de l’UNESCO pour 1992 / 1993. Elle avait pour objet principal d’analyser, en étroite coopération avec les autorités nationales, la situation archivistique du pays, et de faire des recommandations pour l’établissement d’un système archivistique.

Le travail a permis d’acquérir une connaissance approfondie des Archives nationales mais aussi des nombreux services administratifs qui conservent encore leurs archives anciennes. Cependant, la distinction entre les archives définitives, intermédiaires et courantes n’est pas clairement assurée en Egypte où l’on considère également les « vieux manuscrits ».

Pendant la mission, les Archives nationales étaient en train de passer de l’Organisation générale du Livre à un nouvel ensemble destiné à regrouper des livres anciens avec les archives réputées historiques alors même qu’un service important, installé à la Citadelle depuis le début du XIXème siècle ne leur est pas rattaché bien qu’il conserve et mette à la disposition du public une importante documentation administrative concernant l’état des personnes et des biens.

Les Archives nationales avaient été établies au Palais Abdine, puis transférées à la Citadelle en 1969. En 1990, elles ont été installées sur la Corniche du Nil dans un immeuble moderne primitivement destiné à l’Organisation générale du Livre.

De 1974 à 1979, un ensemble législatif a défini et réglementé la conservation et la communication des archives en Egypte où les Archives doivent regrouper tous les matériaux qui font partie de l’histoire du pays, alors que la définition internationalement reconnue considère « tous les documents produits et reçus par un organisme dans l’exercice de son activité », ce qui fait que le traitement des archives contemporaines n’est pas assuré correctement, même si certains textes le prévoient. Une nouvelle législation plus moderne devait donc être mise en place.

Le bâtiment où se trouvent actuellement les Archives après deux déménagements consécutifs, n’a pas été conçu pour elles et son aménagement n’est pas achevé. Le traitement de l’air surtout n’est pas en activité, ce qui oblige à maintenir les fenêtres ouvertes sur la voie à grande circulation de la Corniche du Nil qui est, sans mâcher ses mots, une des plus polluées du Caire. Il y a par contre des ateliers de microfilm et de restauration, mais l’insuffisance du personnel qualifié rend leur efficacité très médiocre. Leur équipement est toutefois sommaire et il devrait être considérablement modernisé pour assurer les besoins d’un pays aussi important et chargé d’histoire que  l’Egypte.

Le Service des Archives administratives Dar Al-Mahfuzat, au pied de la Citadelle, est installé dans un somptueux bâtiment datant de la première moitié du XIXème siècle. Du point de vue architectural, c’est le plus beau bâtiment ancien d’archives dans l’espace méditerranéen. A noter qu’il existe aussi en Egypte des archives religieuses remarquables qui méritent de retenir l’attention, notamment celles du monastère Sainte-Catherine au Mont-Sinaï où les manuscrits liturgiques grecs sont inventoriés, microfilmés et parfaitement conservés et classés, mais où les archives à proprement parler ne semblent pas bénéficier du même traitement. Les recommandations suggèrent de confier plus clairement aux Archives nationales la compétence sur l’ensemble des archives publiques d’Egypte, qu’elles soient courantes, intermédiaires ou définitives, avec un droit de contrôle sur pièce et sur place.

en relation